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Mossad,milices juives et juifs sympatisants FLN. Constantine, les évènements du 12 mai 1956

Pendant la guerre d’Algérie, la communauté juive a manifesté différemment sa position à l’égard de la guerre d’indépendance des Algériens :

Une minorité de juifs était directement active dans la guerre d’indépendance, tandis qu’une autre partie s’est engagée résolument à la combattre, en formant des milices sous le commandement du Mossad israélien.

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Commençons par citer les milices juives qui ont lutté contre la révolution algérienne :

Je prends particulièrement un cas documenté et des évènements connus qui se racontent encore parmi ceux qui les ont vécus.

À l’occasion du rassemblement mondial des juifs originaires de Constantine qui s’est tenu à Jérusalem, le journal israélien MAARIV, avait écrit que le Mossad a été réellement impliqué durant la guerre d’indépendance, contre le FLN.

Cette histoire a été révélée par le même quotidien, reprise par le site « Proche-Orient Infos » et a été publiée à l’occasion du plus grand rassemblement, jamais organisé en Israël, des Juifs sépharades de Constantine, emmené par le chanteur Enrico Macias.

L’agent Avraham Barzilai a décidé de parler de son passé d’agent du Mossad, en Algérie, précisément à Constantine où, à 29 ans, il avait été envoyé par les services secrets israéliens, en compagnie de sa femme, afin de monter des cellules opérationnelles pour faire la guerre à l’Armée de Libération Nationale (ALN), sous la couverture d’un modeste enseignant d’Hébreu.

Les récits de l’agent Barzilai et de son supérieur hiérarchique, Shlomo Havilio, révèlent les détails d’une opération des services du Mossad qui ont formé et équipé des groupes de jeunes juifs de Constantine pour combattre l’ALN. Les deux agents, qui avaient déjà servi dans l’unité 131 des services de renseignements de l’armée israélienne en Egypte, avaient déjà monté des cellules similaires pour déstabiliser le gouvernement de Nasser en armant des juifs égyptiens, lors d’une opération ratée, connue sous le nom de code de « la sale affaire ».

Ces agents, plus connus dans le jargon du Mossad comme étant des « Metsada » (chargé des opérations spéciales), faisaient partie de la section géographique du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie).

À CONSTANTINE, les cellules comptaient une centaine de jeunes juifs locaux, principalement recrutés dans les associations juives de la ville comme :

  • Éclaireurs israélites de France (EIF) « beaucoup de jeunes scouts ont été approchés, car ils avaient déjà une discipline et une formation quasi militaire ».
  • ORT (Organisation Reconstruction Travail) « certains jeunes formés aux métiers techniques ont été impliqués pour la logistique ».
  • Talmud Torah / Union scolaire juive → quelques jeunes issus des écoles religieuses ont rejoint, mais ce n’était pas la majorité.
  • Le Cercle du Progrès, dont l’illustre chanteur Enrico Macias était membre. Cette association était principalement à vocation artistique, mais certains jeunes y ont été recrutés individuellement,
  • Association féminine (WIZO) marginalement concernée, mais certaines jeunes femmes ont participé à des tâches de soutien (soins, communication).

Georges FHAL dit « Boulette » a servi de passerelle officielle et active entre les institutions juives locales et les services secrets israéliens

C’est ces milices qui ont brisé le principe de neutralité de la communauté juive pendant la guerre d’Algérie en menant des actions contre les révolutionnaires algériens avec l’accord tacite voir avec la complicité des autorités militaires françaises de la ville.

Le journal MAARIV rapporte un épisode qui s’est déroulé le 12 mai 1956 à Constantine :

Barzilaï a le pressentiment que le FLN va commettre un attentat. Il donne donc l’ordre aux membres de sa cellule de s’armer de pistolets et de patrouiller, rue de France, l’artère principale du quartier juif de Constantine.

À midi, une très forte explosion secoue la rue, un fiday (civil algérien menant des actions armées) a jeté une grenade à l’intérieur d’un café. Les jeunes de la cellule de Barzilaï arrivent sur place très rapidement.

Des femmes juives crient. L’une d’elles désigne du doigt la ruelle vers laquelle le fiday s’est enfui. Les jeunes juifs de ma cellule l’ont rattrapé et l’ont abattu. Les aveux de cet agent du Mossad se poursuivent, intacts et cyniques : Nous craignions que les Algériens ne viennent se venger contre le quartier juif. Nous avons alors déployé quatre autres cellules sur des points stratégiques, à l’entrée du quartier juif. Certains juifs portaient des armes, avec l’autorisation des autorités françaises.

Très rapidement, les coups de feu ont commencé à fuser de toutes parts. Et les juifs armés, furieux après l’attentat ont commencé à se diriger vers le quartier musulman. J’ai donné l’ordre à nos hommes de prendre le contrôle de la situation et d’éviter tout débordement aux conséquences dramatiques, raconte Barzilai.

Pour ces espions, la traque des combattants algériens était permanente. Elle se substituait dans les quartiers juifs à celle de l’armée française. Cet agent du Mossad confie d’ailleurs que des soldats français étaient dirigés par ces cellules du Mossad. Il écrira, après cette affaire dans un message codé envoyé au quartier général du Mossad en Europe : « Nos hommes ont pénétré dans des cafés arabes voisins et leur ont causé des pertes sérieuses ».

Le reste de ce récit sera divulgué à l’occasion du rassemblement de Jérusalem auquel prendra part Enrico Macias qui doit donner un concert de Malouf et la ministre du gouvernement Raffarin, Mme Nicole Guedj, secrétaire d’État aux droits des victimes, originaire également de Constantine. Durant ce séminaire, plusieurs personnalités juives algériennes interviendront. Le professeur Benjamin Stora animera une conférence sur « la résistance et l’exode des juifs » de Constantine, et le professeur Marc Zerbib parlera des réseaux des juifs algériens établis en Israël, qui sont estimés par différentes sources à 50 000 membres.

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Voyons maintenant la minorité juive qui s’est rangée du côté des Algériens durant la guerre d’indépendance, subissant des répressions sévères allant de la torture aux travaux forcés en passant par l’emprisonnement et même la guillotine :

  • Daniel TIMSIT, membre du réseau clandestin condamné pour soutien au FLN condamné à 20 ans de travaux forcés
  • Henri  ALLEG, directeur du journal Alger républicain et auteur du célèbre livre sur la guerre d’Algérie « La question », condamné à 10 ans de prison.
  • William Sportisse militant actif du FLN
  • José ABOULKER , militant de la première heure de l’indépendance en 1942 puis depuis 1954.
  • Maurice LABAN, membre actif de la lutte armée
  • Claude SIXOU, Membre actif du FLN

D’autres ont été sévèrement condamnés :

  • Georges HADJADJ, Médecin à Alger, condamné et emprisonné
  • Jean Pierre SAID, journaliste, arrêté et condamné
  • Simone AIACH, née LEVY ? arrêtée et incarcérée
  • Alice CHERKI, Psychiatre et proche de Frantz Fanon, a fui l’Algérie pour échapper aux condamnations pour collaboration avec le FLN
  • Pierre GHENASSIA, a rejoint le maquis de l’armée de libération et mort au combat
  • Fernand Ivetot, guillotiné. Premier non-Algérien mort pour l’indépendance algérienne.

Massine TACIR, Ecrivain Essayiste.

www.dzbiblio.com

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Guerre d’Algérie, des Harkis et collabos malgré eux

Reste le sort des «chairs à canon» que furent les harkis, ces civils enrôlés sous la contrainte de ladministration ou de larmée française, comme la plupart des démunis autochtones à la recherche de quoi nourrir leurs enfants.

Ils sont loin d’être des fidèles à la France, à l’exception de la minorité d’engagés volontaires qui le faisaient par tradition militaire, comme leurs parents-soldats pendant la première et la deuxième guerre mondiale dans les rangs de l’armée coloniale française. On compte aussi parmi eux les familles condamnées pour trahison par le FLN qui trouvèrent refuge sous le drapeau français, ou encore les engagés volontaires qui cherchaient le prestige de l’uniforme militaire et le pouvoir qui s’y attache pour hausser leur nombril.

Et les collaborateurs contraints, ces indigènes des campagnes laissés sur leur lieu de vie, l’armée a eu la sournoise idée de leur distribuer des fusils pour combattre leurs frères révolutionnaires de la région. Le résultat était moins probant qu’espéré. Quelques-uns ont rejoint la résistance avec les armes qu’on leur a remises, tandis que les autres, traités de traitres, ont été exécutés ou ont trouvé refuge dans les casernes militaires voisines.

Le sort de ces harkis et autres présumés collabos a été d’autant plus dramatiques : leurs pairs les ont traités de «traitres», les Français les ont abandonnés et livréà la vindicte populaire, jetés après usage comme des mouchoirs jetables.

Pour ceux qui ont réussi à traverser la Méditerranée, l’accueil en France s’est fait à contrecœur, et ils se sont retrouvés parqués dans des camps, loin des Français de souche, pour lesquels ils avaient combattu leur propre peuple d’origine.

On oublie trop souvent de mentionner que, parmi ces fameux harkis et collaborateurs (1), une quantité non négligeable ont, dans un double rôle, rendu d’importants services à la révolution algérienne, en facilitant par exemple le passage de médicaments, d’armes, l’argent des cotisations et même de membres actifs du FLN/ALN d’un lieu à un autre.

Il y a eu également de nombreux harkis qui avaient déserté, en groupe ou individuellement, en emportant armes et bagages pour rejoindre le maquis et incorporés donc les rangs de l’armée de libération nationale.

L’un des déserteurs les plus célèbres était le jeune militaire Ali KHODJA, surnommé ainsi par ses camarades de l’ALN. C’est lui qui a organisé l’évènement militaire le plus marquant de l’histoire de la guerre d’Algérie : la fameuse embuscade de PALESTRO, dans les montagnes de Kabylie, en mai 1956. Cette embuscade s’est soldée par la mort de 19 soldats français et a hanté les rangs de l’armée française pendant de nombreuses années, à cause de sa cruauté.

  • Extrait de mon livre «Le petit fellagha»édition2019, disponible dans les librairies en ligne et classiques en France.

Ceux parmi eux qui ont servi dans l’armée française et qui ont réussis à rejoindre la France, ce sont réfugiés dans une sorte d’amnésie, tout comme les appelés du contingent. Les atrocités auxquelles ils ont assisté en Algérie sont difficilement racontables par ceux qui les ont faits ou vus le faire, le plus souvent involontairement et sous la contrainte de la sacro-sainte devise militaire « les militaires doivent obéissance aux ordres de leurs supérieurs »

En prime, les harkis subissent un cas de conscience supplémentaire qui s’ajoute à leur désarroi, celui d’avoir trahi ses frères algériens, bien que, comme il a été cité plus haut, la majorité parmi eux a été embrigadée involontairement et parfois sous la contrainte.

Aujourd’hui encore, le terme « harki » est devenu synonyme de « traite », une rengaine qui s’atténue certes en Algérie, mais reste encore vivace.

Le sort des enfants et petits-enfants des harkis, ces sacrifiés de la guerre d’Algérie, subissent, par ricochet, la déconsidération de leurs parents comme s’ils étaient responsables des tragiques mésaventures de leurs ascendants.

Certains s’insurgent contre cette sévérité de jugement, jusqu’à bannir leur origine algérienne et renier cet héritage. D’autres, plus conciliants, veulent perpétuer cette identité ancestrale et l’adapter à leur double culture franco-algérienne, en attendant une amnistie pour arborer eux aussi le drapeau algérien dans une main et le drapeau français dans l’autre. Ils espèrent qu’un jour, l’Algérie lancera un appel à ces enfants en perte d’identité en leur disant : « Venez, l’Algérie, le pays de vos ancêtres vous attend. Vous n’êtes pas responsables des égarements de vos parents. »

Extrait du Livre  » L’Algérie règle ses comptes avec la France » par Med Kamel Yahiaoui

https://librairie.bod.fr/lalgerie-regle-ses-comptes-avec-la-france-med-kamel-yahiaoui-9782322634897