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La tariqa TIJANIA , l’appropriation et l’exploitation pernicieuse par le Maroc

Sidi Ahmed TIJANI, né en 1737 à Ain-Madhi, près de Laghouat dans le Sud algérien, est un érudit algérien qui a perfectionné son soufisme en voyageant à travers tout le Maghreb et le Moyen-Orient ; c’est à son retour dans son village natal qu’il fonda la tariqa qui porte son nom.

La confrérie est née en 1781. Selon les sources, c’est dans une oasis voisine appelée Boussemghoun que Sidi Ahmed TIJANI a eu la vision spirituelle lui demandant de créer cette tariqa qui portera son nom.

Dans sa ville natale d’Ain Madhi, la zaouïa Tidjania, cœur historique de la confrérie, ainsi que le mausolée des descendants du cheikh et le palais de la famille Tidjani existent toujours.

Le calife général de la Tijania, l’un des descendants du cheikh Ahmed TIJANI, réside également dans cette ville, faisant d’Ain Madhi, ce village algérien, le centre mondial de la confrérie qui compte pas moins de 400 millions de membres dans le monde. Partie de ce petit village algérien, la tariqa tijania est devenue la confrérie soufie la plus puissante et la plus suivie au monde, qui prône un islam modéré.

Cependant, à la suite d’un différend avec les autorités locales de la Régence d’Alger, Sidi Ahmed TIJANI a dû quitter la capitale spirituelle de sa tariqa et s’exiler au Maroc à la fin de sa vie. Sa descendance et le siège officiel de la tariqa TIJANIA sont restés en Algérie. Ahmed TIJANI est mort en 1815 et a été enterré dans la ville de Fès, au Maroc.

Dès lors, l’appropriation et l’exploitation de l’emblème de la tariqa Tijania ont été pernicieusement organisées en plusieurs phases par le Maroc.

Commencé sous la forme d’un simple asile religieux à Fès pour le fondateur de la tariqa Tijania, il est devenu, dès les débuts des années 1960-1980, un outil de soft Power marocain intentionnellement planifié par Hassan II, roi du Maroc. Celui-ci commença à comprendre l’intérêt de la confrérie Tijania pour accroître ses relations diplomatiques, particulièrement avec l’Afrique de l’Ouest, le Sénégal en premier.

Après avoir financé la construction d’une grande mosquée à Dakar qui servira de projection de la spécificité religieuse marocaine calquée sur le concept de la tariqa, il crée la ligue des « oulémas du Maroc et du Sénégal » en 1985. Celle-ci servira de relais spirituel, mais surtout diplomatique et économique. Elle aidera aussi à maintenir les relations avec les pays de l’Organisation de l’union africaine (OUA), qui deviendra l’Union africaine un an plus tard, quand cette organisation aura admis en son sein la République démocratique arabe sahraouie.

Mais le grand tournant sera initié par son fils Mohammed VI en 2007, qui fera de l’usurpation de l’emblème idéologique de la Tijania algérienne une diplomatie religieuse offensive intégrée dans une politique de soft power structurée, financièrement budgétisée et de portée internationale. Il proclame le Maroc comme le siège et le protecteur mondial de la tariqa Tijania.

Pour asseoir son leadership auprès des pays africains, il a convoqué en juin 2007 un forum africain des adeptes de la tariqa tijania qui a réuni pas moins de 2000 adeptes, maitres soufis et notables religieux venus de 40 pays majoritairement africains.

Conscient des retombées d’un prestige religieux, géopolitique et économique, étant donné l’ampleur d’influence que connait déjà la tariqa Tijaniyya, surtout en Afrique, le Maroc a entrepris une exploitation intensive de cette notoriété. Il emménagea le tombeau du fondateur Ahmed Tijani, décédé à Fès, comme lieu de pèlerinage, créa un centre de formation religieuse soufie pour les imams africains et organisa épisodiquement depuis des forums à Fès.

Concernant les pays occidentaux, Mohammed VI et son ministre des Boubous vont choisir une stratégie différente : exploiter la notoriété soufie d’un « islam modéré » prôné par la tariqa en le faisant un slogan médiatique du fameux « islam marocain modéré, paisible et tolérant ».

L’Algérie, berceau de la tariqa fondée par une personne originaire de ce pays, a peut-être minimisé l’impact de la réputation détournée de sa tariqa la plus célèbre par le Maroc. En effet, le siège mondial et le calife, qui descend directement du fondateur, se trouvent toujours dans le petit village d’Ain-Madhi en Algérie.

Édito : Massine TACIR, écrivain essayiste

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Maroc – Enclave de CEUTA, le déferlement tragique de trop.

En réalité, la soi-disant « invasion spontanée » de 60 000 jeunes Marocains en Espagne, dans l’enclave de Ceuta, ne constitue pas la première et certainement pas la dernière tentative à l’égard de l’Espagne de la part du Maroc.

Nous l’avons déjà vu en 2021, quand, pour punir l’Espagne d’avoir reçu et soigné le chef du Polisario, le leader du Sahara occidental, il a laissé déferler volontairement 10 000 jeunes à l’assaut de cette même enclave espagnole.

L’une des choses abominables dans ces évènements, c’est qu’à chaque fois, il y a des morts.

Pour certains, ce sont des jeunes qui cherchent à se nourrir ou à nourrir leur famille, alors que d’autres tentent de partir pour avoir un avenir meilleur.

On évoque 67 morts par noyade ou par bousculade, qui s’ajoutent au triste bilan de 34 autres morts qui tentèrent la même aventure, à titre personnel cette fois-ci, depuis janvier 2026.

En somme, ce n’est qu’un simple bis repetita qui s’explique, cette fois, par des considérations politiques simultanément intérieures et exogènes, dirais-je :

Le Maroc tient viscéralement à ne pas déplaire à ses alliés que sont les USA et Israël, un autre cas aussi viscéral est sa rivalité avec l’Algérie ou encore le litige frontalier avec l’Espagne sur les enclaves de Ceuta et Melilla, or il se trouve justement que :

– Le président TRUMP a pris sérieusement en grippe l’Espagne et son Premier ministre Sánchez pour ses positions courageuses en faveur de la Palestine et son opposition à la guerre d’Iran.

– Pour Israël, l’Espagne n’est pas non plus en odeur de sainteté avec lui, la défense systématique de la cause palestinienne et particulièrement la reconnaissance de l’État de Palestine en mai est très mal perçue.

La diplomatie marocaine est une constante pratiquée par quasiment tous les sultans de la monarchie, qui n’est autre que la sempiternelle devise des États où « la morale s’efface au profit des intérêts » (néanmoins, cette fois, l’addition humaine payée par les enfants du peuple marocain est trop lourde).

– S’aligner par contrainte, ou tenter de tirer avantage de ses relations avec les partenaires étrangers en cognant sur leur adversaire.

Par conséquent, rien de plus normal que le Maroc fasse montre de soutien aux menaces du président TRUMP contre l’Espagne.

En termes de politique intérieure du Maroc, deux nœuds gordiens resurgissent à chaque fois tant avec l’Algérie qu’avec l’Espagne.

Avec l’Espagne, l’éternel problème des enclaves de Ceuta et Melilla, occupées par l’Espagne et que le Maroc revendique.

Le déferlement volontaire vers ces enclaves constitue une pression constante sur l’Espagne et, indirectement, sur l’Europe. Cette dernière paie en effet une importante subvention pour arrêter précisément les migrants aux frontières marocaines. L’Europe finance d’abord une subvention annuelle qui peut atteindre 140 millions €, et qui peut être accompagnée de contributions supplémentaires à des équipements de surveillance ou à des fonds d’urgence (le dernier versement s’élevait à 101,7 millions pour la lutte contre la traite).

Outre les versements de l’Europe, l’Espagne attribue une subvention annuelle de 30 millions d’euros pour la surveillance des enclaves.

Avec l’Algérie, c’est une véritable guerre géopolitique extrêmement virulente, masquée en apparence par l’affaire du Sahara occidental, mais qui cache d’innombrables autres raisons.

Alors que l’Algérie adoptait une approche plutôt discrète sur le plan diplomatique et ne s’engageait que rarement directement dans des conflits avec le Maroc, ce dernier a développé une véritable machine de guerre diplomatique, médiatique et de lobbying, centrée initialement sur la question de l’autonomie du Sahara occidental.

Le Maroc a habilement désigné l’Algérie comme son principal adversaire, alors que cette dernière ne réclamait que le respect du droit international, en particulier la consultation du peuple sahraoui par référendum pour déterminer son avenir, conformément aux résolutions de l’ONU.

En 2019, un tournant décisif a été engagé avec l’arrivée du nouveau président algérien, Abdelmajid TEBOUNE, un énarque bien trompé qui s’est progressivement entouré de technocrates chevronnés pour tracer une nouvelle trajectoire à une nouvelle Algérie.

Plusieurs décisions défavorables ont été prises à l’égard du Maroc. En particulier, Alger a perçu la signature de l’accord d’Abraham du Maroc comme une menace grave pour ses frontières.

Mais l’un des principaux déclencheurs, cette dernière fois, c’était la visite du Premier ministre Sanchez à Alger, reçu en grande pompe par le président TEBOUNE.

À part le fait que le rapprochement lui-même déplait déjà au Maroc, il y avait un projet discret qui n’a pas été souvent médiatisé. Lorsque les Marocains ont interdit les importations et les passages des marchandises en provenance de l’enclave de Melilla, le président autonome de cette enclave a demandé au Premier ministre de créer une ligne maritime Oran – Alger – Melilla et d’autoriser les Algériens à y entrer sans visa pour compenser le manque à gagner économique qu’ils avaient perdu avec les Marocains ; des bruits couraient de part et d’autre quant à la concrétisation de cette ligne maritime, raison de plus d’accroître le ressentiment à l’égard de l’Espagne.

Edito : Massine TACIR, Écrivain Essayiste

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