{"id":1033,"date":"2026-04-26T22:56:07","date_gmt":"2026-04-26T20:56:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.yakaledire.com\/?p=1033"},"modified":"2026-04-26T22:56:07","modified_gmt":"2026-04-26T20:56:07","slug":"algerie-revolte-de-mokrani-ou-revolte-au-pluriel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.yakaledire.com\/index.php\/2026\/04\/26\/algerie-revolte-de-mokrani-ou-revolte-au-pluriel\/","title":{"rendered":"ALG\u00c9RIE, r\u00e9volte de Mokrani ou r\u00e9volte au pluriel"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00ab Quelques autres pr\u00e9cisions utiles du d\u00e9but de la colonisation fran\u00e7aise \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019insurrection des Alg\u00e9riens contre la colonisation fran\u00e7aise de 1870-1871, que l\u2019on attribue \u00e0 tort exclusivement \u00e0 <strong>El Mokrani<\/strong> en Kabylie, est probablement due au dynamisme tribal de la r\u00e9gion kabyle, qui perp\u00e9tue le caract\u00e8re d\u2019hommes libres des Amazighes, bien plus que les autres r\u00e9gions de l\u2019Alg\u00e9rie, bien qu\u2019elles soient elles aussi, majoritairement de ma m\u00eame origine amazighe.<\/p>\n\n\n\n<p>Historiquement, il y a une part de v\u00e9rit\u00e9, mais le soul\u00e8vement des Alg\u00e9riens contre la colonisation fran\u00e7aise dans les ann\u00e9es&nbsp;1870 et 1871, connu sous le nom de \u00ab&nbsp;la r\u00e9volte d\u2019El Mokrani\u00bb, a affect\u00e9 plusieurs r\u00e9gions, autres que la Kabylie.<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 ce qui est souvent rapport\u00e9, l\u2019insurrection avait en r\u00e9alit\u00e9 commenc\u00e9 dans la r\u00e9gion des Chaouis, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Souk Arras en 1870 par un chef local de la r\u00e9gion. Elle s\u2019est ensuite propag\u00e9e \u00e0 Bordj Bou Arreridj avant de gagner le c\u0153ur de la Kabylie, puis l\u2019Alg\u00e9rois et, enfin, chez les Ouled-Sidi-Chick dans l\u2019Oranais.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre \u00e9v\u00e8nement historique qui avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la r\u00e9volte dite d\u2019El Mokrani est celui qu\u2019on \u00e9voque comme \u00e9tant la guerre de <strong>Fatma NSoumer<\/strong>, la Jeanne d\u2019Arc kabyle.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, la r\u00e9volte de Fatma NSoumer, qui a eu lieu de 1854 \u00e0 1857, a \u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame la continuation de la premi\u00e8re r\u00e9volte de 1851 \u00e0 1854, d\u00e9clench\u00e9e par un autre leader de la r\u00e9gion oranaise, originaire de Frenda nomm\u00e9 <strong>Boubaghla <\/strong>(Mohamed El\u2011Amjad Ben Abdelmalek). Ce dernier \u00e9tait un chef militaire venu de l\u2019Ouest, figure de la r\u00e9sistance dans le Dahra, puis en Kabylie, o\u00f9 il fut accueilli.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre pr\u00e9cision historique non n\u00e9gligeable, Mohamed El Mokrani, chef effectif de la r\u00e9volte kabyle, avait commenc\u00e9 son combat avec ses troupes en mars 1871, il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 au combat le 5 mai 1871, c\u2019est son fr\u00e8re cadet <strong>Boumazrag<\/strong> qui a repris le commandement jusqu\u2019\u00e0 sa capture en janvier 1972. Un autre homme a jou\u00e9 un r\u00f4le tr\u00e8s important dans la mobilisation de la majorit\u00e9 des combattants incorpor\u00e9s dans les effectifs de Mokrani, c\u2019est celui de <strong>cheikh El Haddad<\/strong>, chef de la Rahmanya, une confr\u00e9rie de plusieurs zaou\u00efas implant\u00e9es en Kabylie.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Ces illustres leaders de la r\u00e9sistance \u00e0 la colonisation fran\u00e7aise sont morts au combat, \u00e0 l\u2019exception de Fatma NSoumer\u00a0et de Boumerzag, le fr\u00e8re d\u2019El Mokrani.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Boubaghla<\/strong>, tomb\u00e9 dans une embuscade puis d\u00e9capit\u00e9 en 1854 \u00e0 Sidi-Bouneb, dans la r\u00e9gion de Dahra. Sa t\u00eate a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9e comme troph\u00e9e par la France.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Fatma NSoumer<\/strong> a \u00e9t\u00e9 captur\u00e9e en 1857 et d\u00e9tenue jusqu\u2019en 1863, date de sa mort \u00e0 la fleur de l\u2019\u00e2ge \u00e0 33 ans.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>El Mokrani, <\/strong>est mort au combat <strong>le 5 mai 1871<\/strong><strong>, <\/strong>pr\u00e8s de<strong>Oued Soufflat<\/strong><strong>, <\/strong>dans la r\u00e9gion de <strong>Bordj Bou Arreridj.<\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>Boumerzag El Mokrani, <\/strong>emprisonn\u00e9 puis d\u00e9port\u00e9 en Nouvelle-Cal\u00e9donie<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Un grand nombre de combattants<\/strong> rescap\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9s en Nouvelle-Cal\u00e9donie, et leurs descendants, environ 17\u2009000, vivent encore dans cette colonie fran\u00e7aise, se revendiquent alg\u00e9riens et se disent dignes h\u00e9ritiers de cette descendance. Plusieurs d\u2019entre eux, avides de fouler la terre de leurs anc\u00eatres, ont fait le voyage en Alg\u00e9rie, malgr\u00e9 les 13\u2009000\u00a0kilom\u00e8tres qui les s\u00e9parent de leurs racines.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Il est important de noter qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque, la mobilisation populaire pour la r\u00e9volte contre la colonisation s\u2019est faite presque instantan\u00e9ment gr\u00e2ce \u00e0 des instances religieuses, telles que la confr\u00e9rie Rahmaniya, et par l\u2019interm\u00e9diaire de familles maraboutiques influentes, telles que celles de Boubaghla et Fatma NSoumer.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette approche contraste avec la guerre d\u2019ind\u00e9pendance de 1954 \u00e0 1962, qui avait m\u00fbri depuis 1921, gr\u00e2ce \u00e0 des partis politiques de diverses ob\u00e9diences. Certains revendiquaient l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits entre les Fran\u00e7ais d\u2019Alg\u00e9rie et les autochtones, alors que d\u2019autres demandaient l\u2019ind\u00e9pendance, m\u00eame si elle devait \u00eatre obtenue par les armes.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>D\u2019ailleurs, comprenant l\u2019influence de la religion musulmane en Kabylie et dans bien d\u2019autres r\u00e9gions d\u2019Alg\u00e9rie, la France a mis en \u0153uvre une politique pour contrer cette influence islamique, et c\u2019est l\u2019archev\u00eaque d\u2019Alger, Mgr Charles Lavigerie, grand connaisseur de l\u2019islam, qui va prendre en charge cette mission.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><strong>Cet archev\u00eaque devenu cardinal d\u2019Alger avait justement cr\u00e9\u00e9 quelques ann\u00e9es auparavant les P\u00e8res blancs (1868) et les S\u0153urs missionnaires (1869) en vue de l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation des autochtones, disait-il, pour ranimer l\u2019\u00c9glise d\u2019Afrique.<\/strong> Des p\u00e8res blancs et des s\u0153urs blanches apprirent les langues arabes et berb\u00e8res de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir dialoguer avec les autochtones. Leur premi\u00e8re mission commen\u00e7a par les montagnes des Aur\u00e8s d\u2019o\u00f9 partirent les premi\u00e8res r\u00e9voltes, mais pas uniquement, car c\u2019\u00e9tait aussi le fief de SAINT AUGUSTIN, le c\u00e9l\u00e8bre berb\u00e8re alg\u00e9rien, p\u00e8re de l\u2019\u00e9glise chr\u00e9tienne, natif de la r\u00e9gion. Le cardinal Lavigerie voulait mettre l\u2019accent sur l\u2019h\u00e9ritage chr\u00e9tien de cette illustre Berb\u00e8re pour convertir et \u00ab\u2009dociliser\u2009\u00bb le plus grand nombre d\u2019indig\u00e8nes envers l\u2019acceptation de la France chr\u00e9tienne en Alg\u00e9rie. Il apprit \u00e0 ses d\u00e9pens que le r\u00e9cit historique n\u2019\u00e9branlait pas la conviction des Kabyles et des Chaouis envers l\u2019Islam. C\u2019est alors qu\u2019il entreprit d\u2019autres actions: <strong>\u00ab\u00a0<em>Soigner les malades et faire l\u2019\u00e9cole aux enfants\u00a0\u00bb<\/em>. <em>\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas le moment de convertir, c\u2019est le moment de gagner le c\u0153ur et la confiance des Kabyles par la charit\u00e9 et par la bont\u00e9, disait-il.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette nouvelle approche a eu un bien moindre r\u00e9sultat, les autochtones approchaient ces religieux beaucoup plus pour b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une aide alimentaire et subvenir \u00e0 leur besoin alimentaire quotidien, comme toutes les populations d\u2019autres r\u00e9gions d\u2019Alg\u00e9rie, subissant de s\u00e9v\u00e8res malnutritions.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre approche, cette fois-ci militaire, consistait \u00e0 dissocier la population en deux camps distincts (surtout en Kabylie)\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les Kabyles, et de l\u2019autre, les pr\u00e9sum\u00e9s Arabes. Cette politique visait \u00e0 diviser les autochtones pour consolider le pouvoir du colonisateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant la colonisation, le crit\u00e8re de diff\u00e9renciation entre citoyens \u00e9tait plut\u00f4t tribal ou conf\u00e9d\u00e9ral&nbsp;: certains faisaient r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 leur appartenance aux grandes f\u00e9d\u00e9rations ethnohistoriques, comme les Z\u00e9n\u00e8tes, les Sanhadjas et les Masmouda, ou \u00e0 des f\u00e9d\u00e9rations locales, comme les tribus et f\u00e9d\u00e9rations kabyles qui commencent par le suffixe \u00ab\u2009Ait\u2009\u00bb, les Chaouis par \u00ab\u2009Ouled\u2009\u00bb, les Touaregs par \u00ab\u2009kel\u2009\u00bb, les Chenouis par \u00ab\u2009Beni\u2009\u00bb et le Mzab par les noms de leur village.<strong> (b)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019instauration de l\u2019\u00e9tat civil par l\u2019administration fran\u00e7aise en 1863, avait chamboul\u00e9 les coutumes d\u2019identification des familles alg\u00e9riennes, par l\u2019attribution, souvent arbitraire, de noms de famille au gr\u00e9 du fonctionnaire de l\u2019\u00e9tat civil. Avec le temps, les noms de famille se vulgarisaient \u00e0 l&rsquo;usage, mais la r\u00e9f\u00e9rence tribale se perp\u00e9tue jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours, surtout dans les compagnes.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Extrait du livre \u00ab\u00a0<strong>Berb\u00e8res et arabes, l\u2019histoire controvers\u00e9e<\/strong>\u00a0\u00bb par Med Kamel YAHIAOUI<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Quelques autres pr\u00e9cisions utiles du d\u00e9but de la colonisation fran\u00e7aise \u00bb L\u2019insurrection des Alg\u00e9riens contre la colonisation fran\u00e7aise de 1870-1871, que l\u2019on attribue \u00e0 tort exclusivement \u00e0 El Mokrani en Kabylie, est probablement due au dynamisme tribal de la r\u00e9gion kabyle, qui perp\u00e9tue le caract\u00e8re d\u2019hommes libres des Amazighes, bien plus que les autres [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":0,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[194,185,273,191,272,274,271],"class_list":["post-1033","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","tag-algerie-2","tag-berberes","tag-chaouis","tag-islam","tag-kabyles","tag-lala-nsoumer","tag-mokrani"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.yakaledire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1033","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.yakaledire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.yakaledire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.yakaledire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.yakaledire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1033"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.yakaledire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1033\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1034,"href":"https:\/\/www.yakaledire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1033\/revisions\/1034"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.yakaledire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1033"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.yakaledire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1033"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.yakaledire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1033"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}